Fanta Traoré, fondatrice du Cabinet RH Empower T&C d’Abidjan, met l’accent sur le facteur humain

Fanta Traoré, franco-malienne-ivoirienne, est une représentante emblématique de cette diaspora féminine entreprenante. Voilà quatre ans qu’elle a quitté une situation confortable de cadre supérieur à Paris, pour aller créer son cabinet de recrutement à Abidjan. Quatre ans : autant dire qu’elle a déjà surmonté la fameuse « vallée de la mort » des trois ans fatidiques en deçà desquels la survie d’une entreprise est la plus aléatoire. Son propos porte de ce fait toute la richesse de l’expérience vécue…


La première recommandation de cette jeune quadra qui a réussi son implantation en Afrique, et que son activité quotidienne à Empower T&C met au contact de candidats au retour : un peu (plus) d’humilité !« Certains candidats au retour se comportent encore comme les anciennes générations, qui revenaient avec les valises débordantes de cadeaux, dans le seul objectif de faire croire qu’ils étaient devenus riches.
D’autres sont saisis par le complexe de supériorité à l’occidentale, genre « moi je sais », et se montrent d’une arrogance insupportable. Un candidat nous a même écrit : « Je veux rentrer pour reconstruire mon pays… » Carrément mégalo, car le pays existe, même si beaucoup de choses sont à parfaire ».Bref, Fanta Traoré prône la modestie, car quels que soient les liens plus ou moins forts avec le pays d’origine, un effort d’adaptation sera toujours incontournable, et c’est pourquoi « il faut bien réfléchir en amont au projet de retour, et s’y préparer psychologiquement, accomplir d’abord un travail sur soi ».
Sa seconde recommandation : se libérer des images d’Épinal obsolètes. C’est le cas par exemple de l’idée selon laquelle la sécurité sociale n’existe nulle part en Afrique. Faux ! « On peut même dire qu’en Côte d’Ivoire elle est globalement satisfaisante », affirme Fanta Traoré, tout en précisant qu’en effet elle n’est pas aussi généreuse qu’en France, car par exemple il n’y a pas d’allocations familiales.
 
Autre idée fausse : l’effondrement des revenus. « Certes, en nominal, si vous gagnez 3 000 euros à Paris, pour le même emploi vous ne gagnerez que 1 500 euros à Abidjan – c’est un ordre de grandeur, il faut diviser par deux… Donc vous perdez en salaire nominal, mais vous gagnez en niveau de vie, en qualité de vie ! » se réjouit Fanta Traoré.
Autre image d’Épinal à la vie dure : l’insécurité. « En Côte d’Ivoire, la guerre est passée ! Certes, il y a des terroristes au nord du Mali, mais pas dans tout le pays. Notre voisin le Burkina est tout à fait sécurisé et ici, à Abidjan… j’y vis, j’y conduis et je m’y déplace depuis quatre ans : je n’ai jamais été importunée ! »
 
Troisième recommandation : visez les métiers techniques. Que l’on soit candidat au retour comme entrepreneur ou salarié, on peut être sûr que tous les métiers fondés sur des compétences techniques sont très demandés. Par exemple dans l’énergie, les mines, les télécommunications, l’agro-industrie, la pharmacie, l’industrie, … « Lorsqu’ils me posent la question, j’encourage vivement à rentrer les cadres intermédiaires des métiers techniques, mais aussi les ingénieurs. Le déficit de formation technique est si important que tous les candidats sont assurés de trouver un emploi adéquat à leurs compétences ».
 
 
Et pour faire connaître cet immense potentiel des opportunités de créations d’entreprises et d’emplois qualifiés proposés en Afrique, Fanta Traoré assume aussi le commissariat général délégué du forum  African Dream, dont la seconde édition s’est tenue à Paris en avril dernier, au siège de Business France. « C’est un cadre innovant et pragmatique de rencontres annuelles entre les milieux d’affaires ouest-africains et français, explique Fanta Traoré. Il offre un marché intercontinental aux PME d’Afrique de l’Ouest, en pleine expansion, qui désirent tisser des relations d’affaires et capter des opportunités de développement commercial et d’alliance technologique.African Dream se positionne également comme une plateforme de recrutement des cadres diplômés de la diaspora, intéressés par une carrière professionnelle en Afrique. Nous travaillons déjà à la troisième édition, qui se tiendra en avril 2019. »
 
Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris
 

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